ESG et politiques

Fonds pour les pertes et préjudices climatiques : de l'indemnisation post-catastrophe à la résilience anticipée, une transition de la gouvernance mondiale

Le cadre actuel des pertes et dommages mondiaux repose trop sur la réponse post-catastrophe, négligeant la réduction des risques en amont et le renforcement de la résilience à long terme. Basé sur les recherches les plus récentes, cet article propose trois conditions pour intégrer les stratégies avant et après événement, et examine l'impact profond de la fragmentation du financement climatique sur les pays du Sud global.

De l'urgence à la prévention : le déficit paradigmatique des politiques de pertes et dommages

Les événements extrêmes liés au changement climatique dépassent désormais les capacités d'infrastructure et financières de nombreux pays. En 2025, une étude publiée dans *npj Climate Action* a examiné systématiquement le déséquilibre structurel du cadre politique international actuel en matière de pertes et dommages (P&D) : plus de 80 % du financement climatique est consacré à la réponse post-catastrophe, tandis que seulement 12 % environ est investi dans la réduction des risques *a priori*. Ce modèle « secourir après le sinistre » entraîne non seulement une inefficacité des ressources, mais plonge également les pays vulnérables dans un cercle vicieux de « reconstruction — pertes supplémentaires ».

Avant et après : deux logiques disjointes

Le concept de pertes et dommages est apparu pour la première fois dans les négociations climatiques des Nations Unies dans les années 1990, visant à fournir une compensation pour les impacts climatiques qui ne peuvent être évités par l'atténuation et l'adaptation. Cependant, du Fonds pour les pertes et dommages (FRLD) créé à la COP27 jusqu'aux premiers engagements financiers à la COP28, les promesses de financement (environ 700 millions de dollars) présentent un écart d'ordre de grandeur avec les besoins annuels estimés (plusieurs centaines de milliards de dollars). Plus crucial encore, ces fonds sont principalement destinés à l'aide humanitaire d'urgence et à la réparation des infrastructures, plutôt qu'à des investissements systémiques visant à renforcer la capacité d'adaptation à long terme des communautés.

Sur la base d'ateliers avec 49 experts (de 12 pays, dont 5 du Sud global), d'une revue de la littérature et d'une comparaison de cas, l'équipe de recherche a identifié trois facteurs entravant l'intégration : la fragmentation des systèmes de connaissances, l'exclusion des mécanismes de gouvernance et la rigidité des instruments de financement. Par exemple, lors de la reconstruction post-cyclone Idai au Zimbabwe, l'idée de « reconstruire mieux » (Build Back Better) a été inscrite dans les politiques, mais en raison d'un manque de coordination intersectorielle et d'engagements budgétaires à long terme, elle s'est souvent réduite dans la pratique à une simple reconstruction à l'identique sur le même site.

Trois conditions habilitantes : connaissances, gouvernance et financement

Pour briser cette impasse, l'étude propose trois priorités clés :

1. Un système de connaissances solide : De nombreux pays en développement manquent d'évaluations précises de la distribution spatio-temporelle des risques climatiques, ce qui rend les interventions préalables peu ciblées. Un système d'information sur les risques robuste doit intégrer les connaissances traditionnelles et les modèles scientifiques, et établir une coopération transfrontalière en matière d'alerte précoce.

2. Une gouvernance inclusive : Actuellement, les décisions en matière de P&D sont largement dominées par les gouvernements centraux et les institutions internationales, marginalisant la participation des communautés locales, des femmes et des peuples autochtones. L'étude souligne que les mécanismes de gouvernance doivent garantir la voix des groupes affectés dans la conception, la mise en œuvre et le suivi des projets, afin d'améliorer la durabilité sociale de la résilience.

3. Un financement flexible : Les procédures de décaissement des fonds existants (comme le FRLD) sont longues et soumises à des conditions strictes, ce qui ne permet pas de répondre rapidement aux catastrophes soudaines ni d'investir dans la résilience à long terme. L'étude appelle à la création de mécanismes de « financement mixte », combinant dons, prêts concessionnels et instruments d'assurance contre les risques, permettant aux fonds de circuler de manière flexible entre les phases de prévention, de réponse et de rétablissement.

Les défis de l'action collective face à la fragmentation de la gouvernance mondialeDans un contexte de recrudescence des phénomènes météorologiques extrêmes et d’aggravation des fractures géopolitiques, la politique en matière de pertes et préjudices se heurte à des défis de gouvernance plus complexes. Les divergences entre pays développés et pays en développement sur la « responsabilité historique » et l’« obligation d’indemnisation » persistent. Les recherches indiquent que si le fonds se concentre uniquement sur la compensation _ex post_ sans tenir compte de la prévention _ex ante_, non seulement il ne réduira pas le volume total des pertes, mais il pourrait également renforcer la réparation des infrastructures fossiles, verrouillant ainsi les trajectoires d’émissions de carbone.

Parallèlement, la voix du Sud global reste insuffisamment représentée dans les instances de gestion des fonds. Bien que le conseil d’administration du FRLD ait envisagé une représentation égale, les obstacles techniques et l’asymétrie des forces de négociation dans la mise en œuvre effective limitent la capacité d’expression des pays en développement. Cela affaiblit encore l’efficacité et l’équité de l’allocation des fonds.

Tendances à long terme : l’investissement dans la résilience devient un noyau de compétitivité en matière de développement

D’un point de vue ESG, la capacité de résilience climatique deviendra progressivement un indicateur central de la compétitivité nationale et régionale en matière de développement. Les études de la Banque mondiale et du Comité d’adaptation mondial montrent que chaque dollar investi _ex ante_ dans la résilience permet d’économiser 4 à 6 dollars de coûts de relèvement post-catastrophe. Cependant, le système de financement climatique international reste orienté vers les projets « verts » et de « réduction des émissions », avec un déséquilibre majeur dans les allocations destinées à l’adaptation et aux pertes.

À l’avenir, les politiques de L&D doivent sortir du cadre étroit de l’« aide humanitaire » pour s’inscrire dans un programme de développement durable plus large : garantir la sécurité alimentaire des populations les plus vulnérables, éviter les interruptions scolaires, protéger les services écosystémiques, etc. Ce n’est qu’en établissant un équilibre dynamique entre la prévention _ex ante_ et la récupération _ex post_ que la gouvernance climatique mondiale pourra véritablement passer de la « gestion des crises » à la « gestion des risques ».

Références : Totin, E., Mechler, R., Birkmann, J. et al. Balancing ex-ante and ex-post approaches for Loss and Damage policy in a fragmented world. *npj Climate Action* 5, 64 (2026).

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Liens sources

  1. https://www.nature.com/articles/s44168-026-00407-wPrincipal

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