Cooperation internationale
L'évaluation des alliances universitaires ne devrait pas adopter une approche uniforme : les leçons de l'expérience européenne pour la coopération mondiale dans l'enseignement supérieur.
Cet article analyse la coopération transfrontalière dans le cadre de l'Initiative des Universités Européennes d'un point de vue du développement mondial, explore pourquoi l'évaluation standardisée pourrait entraver l'innovation diversifiée des alliances, et fournit des références pour la participation des pays en développement à la coopération internationale dans l'enseignement supérieur.
De la norme unique à l'évaluation plurielle : le tournant de la gouvernance des alliances universitaires européennes
En 2023, l'Initiative des universités européennes (EUI) lancée par l'UE a financé 73 alliances transfrontalières couvrant près de 650 établissements d'enseignement supérieur, visant à promouvoir les campus conjoints, la co-construction de programmes et la coopération en matière de recherche. Cependant, alors que le projet entre dans sa phase d'évaluation à mi-parcours, une contradiction structurelle apparaît : comment mesurer des alliances aux formes diverses sans étouffer la diversité de l'innovation ?
L'Alliance européenne des universités de sciences et technologies, représentée par le groupe Cesear, a récemment averti que l'UE ne devrait pas adopter une méthode d'évaluation unique (*one-size-fits-all*). Cet appel reflète une difficulté de gouvernance plus large dans la coopération mondiale en matière d'enseignement supérieur : la tension entre indicateurs standardisés et développement différencié.
La diversité des alliances universitaires : au-delà de la taille et des disciplines
Le groupe Cesear souligne que les motivations de création, la profondeur de la coopération et les modes de gouvernance des différentes alliances diffèrent fondamentalement. Par exemple, certaines alliances se concentrent sur l'harmonisation des cursus et la mobilité des étudiants, tandis que d'autres se consacrent au partage d'infrastructures de recherche interinstitutionnelles ; la logique de coopération entre une université généraliste et une université technique est tout à fait différente. Un cadre d'évaluation uniforme pourrait mettre trop l'accent sur les résultats à court terme (comme le nombre de diplômes conjoints) et négliger le renforcement des capacités à long terme (comme les échanges d'enseignants, la constitution de réseaux de recherche).
Du point de vue des objectifs de développement durable (ODD4), la qualité de l'enseignement supérieur ne réside pas seulement dans les projets de coopération quantifiables, mais aussi dans l'inclusivité et la résilience de la production de connaissances. Si l'UE adopte des indicateurs rigides, cela forcera les alliances à adopter des comportements homogènes, affaiblissant leur potentiel en tant qu'écosystèmes d'innovation.
Leçons pour le développement mondial : comment les pays du Sud peuvent-ils éviter les pièges ?
L'expérience européenne offre des enseignements aux pays du Sud global pour la construction d'alliances universitaires régionales. Le Programme de coopération pour l'enseignement supérieur en Afrique (HAQAA) de l'Union africaine et le Réseau des universités de l'ASEAN (AUN) sont également confrontés à des défis d'évaluation. Lorsque les agences d'aide ou les organisations internationales mesurent les résultats de la coopération avec un seul critère, il est très facile de négliger les différences de ressources et les trajectoires historiques des établissements participants.
Par exemple, en Afrique subsaharienne, de nombreuses universités ne disposent pas encore des conditions numériques de base pour l'enseignement. Si l'évaluation des alliances privilégie le « nombre de publications conjointes en recherche », cela pourrait marginaliser les établissements les plus faibles. Une coopération internationale véritablement durable devrait permettre aux alliances de fixer des objectifs par étapes en fonction des capacités des membres et d'établir des mécanismes de gouvernance adaptés au contexte local.
Redéfinir le succès : des résultats à la résilience
- La Commission européenne sollicite actuellement les retours des parties prenantes sur les orientations futures de l'EUI. Les décideurs doivent reconnaître que la valeur des alliances universitaires réside dans leur rôle de « laboratoires d'innovation institutionnelle ». Une alliance réussie devrait présenter les caractéristiques suivantes :
- Résilience de gouvernance : capacité d'ajuster les priorités de coopération en fonction des changements de membres et des crises externes (par exemple, passage à l'enseignement conjoint en ligne pendant la pandémie) ;
- Retombées de connaissances : non seulement des avantages réciproques entre membres, mais aussi une diffusion des résultats vers les institutions non membres, l'industrie et les communautés ;
- Viabilité financière : réduire la dépendance aux financements initiaux de l'UE et établir une base à long terme grâce à un financement mixte (par exemple, dons d'anciens élèves, partenariats d'entreprises).L'initiative du groupe Cesear exige en substance que le système d'évaluation passe d'une « orientation vers les résultats » à une « orientation vers les processus et les capacités ». Cela rejoint l'accent mis dans le domaine du développement mondial sur le « renforcement des capacités » — le véritable développement n'est pas l'accumulation de résultats à court terme, mais l'endogénéisation de la résilience institutionnelle.
Conclusion : L'évaluation différenciée est une condition préalable à la coopération mondialisée
La coopération dans l'enseignement supérieur devient un enjeu central de la géopolitique et de la gouvernance mondiale. Si l'Union européenne parvient à établir un cadre d'évaluation多元 (diversifié), cela profitera non seulement à ses alliances internes, mais fournira également un modèle pour la coopération Nord-Sud. Les futurs financements internationaux du développement (comme les projets éducatifs de la Banque mondiale) devraient également tirer cette leçon : en finançant des alliances éducatives transfrontalières, il faut laisser suffisamment d'espace institutionnel pour que la diversité des choix devienne une source de résilience, et non un ennemi de l'efficacité.
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