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Du commerce des minerais à la résilience régionale : comment la co-construction des corridors redéfinit la logique du développement fondé sur les ressources en Asie

Fondé sur une étude portant sur six économies asiatiques le long de l’initiative « la Ceinture et la Route » et du corridor ferroviaire à grande vitesse panasiatique, cet article analyse, dans une perspective de développement mondial, d’ESG et de coopération régionale, pourquoi les ressources minérales, le commerce et la croissance économique sont en train de s’imbriquer plus étroitement, et ce que cela implique pour le développement fondé sur les ressources, la résilience des chaînes d’approvisionnement et la gouvernance durable.

Des échanges miniers à la résilience régionale : comment les corridors conjoints redéfinissent la logique du développement fondé sur les ressources en Asie

Les ressources minérales sont souvent considérées comme une « dotation naturelle » des pays en développement, mais dans la recherche sur le développement mondial, la question la plus importante n’a jamais été de savoir si les ressources existent, mais si elles peuvent être intégrées dans des systèmes plus vastes de production, de commerce et de gouvernance. Une étude récente publiée dans *Humanities and Social Sciences Communications*, portant sur six économies asiatiques le long de l’initiative « la Ceinture et la Route » et du corridor ferroviaire à grande vitesse panasiatique, a examiné la relation de coordination entre les ressources minérales, l’économie régionale et le commerce minier entre 2017 et 2022. La conclusion ne se limite pas à constater que « les échanges ont augmenté » ; elle signale quelque chose de plus important : l’intégration économique régionale fait passer le développement fondé sur les ressources de l’extraction isolée à une interconnexion systémique plus forte.

Ce type d’évolution est particulièrement important pour le Sud global. Pour de nombreuses économies fondées sur les ressources, le défi ne réside pas dans l’absence de minerais, mais dans l’absence de conditions institutionnelles permettant de transformer ces ressources en croissance stable, en emplois, en montée en gamme industrielle et en capacité fiscale. Autrement dit, la portée du commerce des minerais ne peut pas être comprise uniquement à travers les flux de matières premières ; elle doit être réexaminée dans le cadre des infrastructures, des chaînes de valeur, de la coopération transfrontalière et d’une gouvernance durable.

Les ressources ne créent pas automatiquement des dividendes du développement

L’étude montre que, dans les six économies, le degré de coordination entre les trois sous-systèmes — ressources minérales, économie régionale et commerce minier — s’est globalement amélioré, mais de manière inégale. La Chine et l’Indonésie ont affiché une performance plus stable dans le sous-système des ressources minérales, que l’étude associe à une dotation en ressources plus solide, à des investissements soutenus dans les infrastructures minières, ainsi qu’à l’amélioration des technologies d’extraction et de transformation. Le Viet Nam et la Thaïlande ont, quant à eux, enregistré une croissance relativement régulière, ce qui montre que, même sans avantage évident en matière de dotation en ressources, l’industrie manufacturière, la continuité des politiques publiques et l’insertion régionale peuvent également renforcer la résilience du développement. Singapour et la Malaisie ont connu des fluctuations plus marquées, reflétant des différences entre structures industrielles, réserves de ressources et degré d’exposition aux marchés extérieurs.

C’est un point essentiel. Dans les débats sur le développement mondial, on tend souvent à assimiler directement « richesse en ressources » et « opportunités de développement », mais la réalité est loin d’être aussi linéaire. Si la croissance fondée sur les ressources manque de capacités de transformation, de systèmes logistiques, de facilitation des échanges et d’un cadre institutionnel stable, elle risque de rester au stade de l’exportation de matières premières, sans parvenir à accumuler des capacités à forte valeur ajoutée, tout en étant plus vulnérable aux chocs de prix.

Autrement dit, la ressource elle-même n’est pas la compétitivité ; c’est la capacité à gouverner les ressources qui l’est.

Après la pandémie, la reprise du commerce a mieux expliqué l’intégration régionale que les ressources elles-mêmes

Cette étude révèle aussi un phénomène plus marqué par son époque : parmi les trois sous-systèmes, le commerce minier a été le plus volatil. Pendant la pandémie de COVID-19, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les restrictions de voyage et l’affaiblissement de la demande industrielle ont entraîné une nette baisse des activités commerciales ; mais avec la reprise de l’industrie manufacturière et du secteur de la construction, ainsi que le rebond de la demande en matières minérales, le commerce s’est rapidement redressé après 2020 et affichait en 2022 une forte dynamique de reprise.

Du point de vue du développement mondial, cela montre que les réseaux commerciaux régionaux ne sont plus de simples « canaux d’échange », mais font partie de la capacité de résistance des économies fondées sur les ressources aux chocs.Du point de vue du développement mondial, cela montre que les réseaux commerciaux régionaux ne sont plus seulement des « canaux de transaction », mais qu’ils font partie intégrante de la résilience des économies fondées sur les ressources face aux chocs. La pandémie a révélé la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondialisées et a aussi amené davantage d’économies en développement à repenser la manière d’établir des arrangements d’approvisionnement plus équilibrés entre ouverture et sécurité, ainsi que la façon de réduire, par la coopération régionale, la dépendance à l’égard d’un seul marché et d’un seul corridor de transport.

Les résultats de l’étude soutiennent également cette tendance : l’indice économique régional a augmenté de plus de 130 %, le commerce des minéraux d’environ 348 %, et l’indice composite des ressources minérales de près de 97 %. Ces chiffres ne peuvent pas, à eux seuls, être interprétés directement comme la preuve que le développement durable a été atteint, car l’étude n’a pas mesuré directement les résultats environnementaux et sociaux ; ils montrent toutefois au moins que l’interaction entre ressources, commerce et croissance s’intensifie, et que l’intégration régionale devient une nouvelle manière d’organiser le développement fondé sur les ressources.

Du point de vue ESG, la question n’est pas « combien extraire », mais « comment créer de la valeur et comment gouverner »

Si l’on adopte le cadre ESG, la portée concrète de cette étude apparaît plus clairement.

Sur le plan « E », l’exploitation minière s’accompagne naturellement de questions liées à l’occupation des sols, aux ressources en eau, à la restauration écologique et aux émissions de carbone. L’étude souligne l’importance de l’innovation technologique, de l’amélioration de l’efficacité minière et de la valorisation des ressources, ce qui signifie que la compétitivité minière se déplace progressivement de « l’augmentation de l’échelle d’extraction » vers « l’accroissement de la production par unité de ressource et la réduction des coûts environnementaux ». Dans le contexte de la transition énergétique, la demande de minéraux continue d’augmenter, mais les exigences de la société en matière de chaînes d’approvisionnement responsables s’élèvent elles aussi simultanément.

Sur le plan « S », l’industrie minière et le commerce ne sont pas de simples comportements d’entreprise ; ils influencent la qualité de l’emploi, les revenus des communautés locales, l’accessibilité des infrastructures et les services publics régionaux. Pour certaines économies en développement, la capacité d’un projet minier à améliorer l’éducation, la santé et les transports locaux détermine souvent si l’exploitation des ressources devient un moteur de croissance inclusive ou un facteur d’aggravation des écarts régionaux.

Sur le plan « G », la coopération transfrontalière dans le domaine des ressources exige une coordination institutionnelle plus poussée. La facilitation du commerce, les régimes tarifaires, la reconnaissance mutuelle des normes, la transparence des données, la réglementation environnementale et les mécanismes de règlement des différends influencent tous la stabilité des flux de ressources. L’« amélioration du degré de coordination » mise en évidence par l’étude est, au fond, l’expression de l’intégration des capacités de gouvernance dans le système économique : sans coordination institutionnelle, le lien entre ressources et croissance se rompt.

Les infrastructures ne sont pas un rôle secondaire, mais le centre névralgique du développement fondé sur les ressources

L’article mentionne que le développement des infrastructures, la réforme des politiques et le renforcement de la coopération régionale ont consolidé les liens entre exploitation des ressources, croissance économique et commerce. Cette observation a des implications directes pour le financement du développement.

Dans de nombreux pays du Sud global, le développement des ressources minières nécessite souvent de résoudre simultanément de multiples contraintes : routes, ports, chemins de fer, énergie, communications et efficacité des postes frontières. Sans ces conditions, les ressources ne peuvent pas être intégrées efficacement aux chaînes de valeur, et l’économie locale a du mal à évoluer d’un simple « site d’extraction » vers un « nœud de valeur ». Ainsi, les infrastructures ne sont pas un accessoire du secteur des ressources, mais le système central qui détermine si les ressources peuvent être transformées en actifs de développement.C’est aussi pourquoi les banques multilatérales de développement, les institutions financières régionales ainsi que la conception des projets dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route » doivent de plus en plus envisager conjointement le développement minier, les corridors de transport, les parcs industriels, les capacités de transformation et l’approvisionnement en énergie verte. Si l’on investit uniquement dans l’extraction sans investir dans les connexions, les revenus tirés des ressources resteront verrouillés dans les segments à faible valeur ajoutée ; si l’on met l’accent uniquement sur le commerce en négligeant les chaînes industrielles locales, les dividendes du développement s’échapperont également.

Le Sud global redéfinit la signification de la « coopération sur les ressources »

À long terme, cette étude montre que la compréhension de la coopération sur les ressources par les pays du Sud global est en train d’évoluer. Par le passé, la coopération minière s’articulait davantage autour de « l’accès aux ressources » et de « l’exportation de matières premières » ; aujourd’hui, l’enjeu le plus important est plutôt de savoir « comment, par la coopération régionale, renforcer les capacités de transformation, de logistique, d’énergie et d’organisation du marché ».

Cette évolution est étroitement liée à la recomposition de la gouvernance mondiale. Face aux pressions climatiques, aux incertitudes géopolitiques et à la restructuration des chaînes d’approvisionnement, les pays riches en ressources accordent de plus en plus d’attention à trois aspects :

1. Sont-ils capables de mettre en place une division du travail plus stable à l’échelle régionale ; 2. Peuvent-ils, grâce à la coopération, renforcer leur capacité de résistance aux risques ; 3. Peuvent-ils rendre l’exploitation des ressources compatible, en même temps, avec la transition verte, la création d’emplois et la soutenabilité budgétaire.

Dans cette perspective, le commerce minier n’est pas seulement une question économique, mais aussi une question de choix de trajectoire de développement. Si les ressources servent uniquement à des gains d’exportation à court terme, elles peinent souvent à soutenir une transformation de long terme ; en revanche, si elles peuvent être articulées avec la transformation, la fabrication, le transport et les infrastructures numériques, elles peuvent devenir une porte d’entrée vers l’industrialisation et l’intégration régionale.

La compétitivité de long terme dépend des capacités systémiques, et non d’un avantage unique en ressources

L’élément le plus digne d’attention dans cette étude est qu’elle nous rappelle que le développement fondé sur les ressources passe d’une « détermination par les ressources » à une « coordination systémique ». Le potentiel en ressources est certes important, mais ce qui détermine la compétitivité de long terme, c’est la capacité à mettre en place un système intégrant ressources, commerce, industrie, finance et gouvernance.

Pour les décideurs publics, cela signifie que l’accent futur ne devrait pas se limiter à accroître la production, mais se porter sur les axes suivants :

  • renforcer la capacité de transformation minière et de valorisation locale ;
  • réduire les coûts logistiques grâce aux infrastructures régionales ;
  • renforcer les règles commerciales et la transparence des données ;
  • intégrer les normes environnementales et sociales dans la coopération sur les ressources ;
  • s’appuyer sur des outils de financement multilatéraux et régionaux pour soutenir les investissements de long terme ;
  • relier les projets miniers à la formation des compétences, aux services publics et au développement économique local.

Pour les investisseurs, cela signifie également que les méthodes d’évaluation des projets miniers et de ressources sont en train de changer. L’ESG n’est plus seulement une étiquette de conformité, mais une variable importante qui influe sur la stabilité des projets, les risques liés aux autorisations, le coût du financement et les rendements à long terme. Les projets capables de s’aligner sur les objectifs de développement régional, et dotés d’une plus grande transparence en matière de gouvernance environnementale et sociale, auront plus facilement accès à un soutien financier de long terme.

Conclusion : le développement fondé sur les ressources entre dans l’ère de la « capacité de coordination »Cette étude ne nous a pas dit que le commerce des minerais implique naturellement la durabilité, ni n’a prouvé que l’intégration régionale entraîne automatiquement un développement équilibré. Mais elle offre bel et bien un constat important : à l’ère où la construction conjointe de corridors, la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement et la transition verte s’entrecroisent, la relation entre ressources, commerce et croissance économique est en train d’être réorganisée.

Le véritable changement ne réside pas dans le fait que les minerais seraient devenus plus importants en eux-mêmes, mais dans le fait que le système de développement mondial dépend de plus en plus de la « capacité de coordination » — la capacité à coordonner les ressources et les industries, le commerce et la gouvernance, la croissance et l’environnement, ainsi que la coopération régionale et les objectifs de développement nationaux. Pour les pays du Sud global, cette capacité déterminera si les ressources deviennent un tremplin pour le développement, ou si elles restent enfermées dans un cycle de volatilité et de faible valeur ajoutée.

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  1. https://www.azom.com/news.aspx?newsID=65499Principal

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