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La clé du succès du nouveau plan agricole africain : le pouvoir des jeunes plutôt qu'une participation symbolique

La Déclaration de Kampala de l'Union africaine s'engage à transformer les systèmes agroalimentaires, mais l'expérience historique montre que la participation des jeunes reste souvent superficielle. Cet article analyse, d'un point de vue de la gouvernance, pourquoi donner aux jeunes un pouvoir décisionnel réel et une capacité de redevabilité est la clé du succès ou de l'échec.

Dividende démographique des jeunes et déficit de gouvernance

L'Afrique est le continent le plus jeune du monde, avec un âge médian de seulement 19,5 ans. Cette structure démographique représente à la fois un énorme potentiel de main-d'œuvre et un moteur naturel pour la transformation agricole. Cependant, la Déclaration de Maputo adoptée par l'Union africaine en 2014 s'était engagée à accroître la participation des jeunes dans les chaînes de valeur agricoles, mais en 2026, seuls 10 des 55 pays avaient atteint les objectifs fixés. L'échec ne tient pas à un manque de vision, mais au fait que les jeunes ont été relégués à un rôle « consultatif », loin des véritables centres de pouvoir.

La Déclaration de Kampala, entrée en vigueur en 2026 – nouvelle feuille de route décennale de l'Union africaine pour la transformation des systèmes agroalimentaires – offre une fenêtre d'opportunité pour corriger cette lacune structurelle. Mais sans changement dans la logique de gouvernance, elle risque de répéter les erreurs de la précédente : documents ambitieux, participation symbolique, impact limité.

De la consultation à la décision : la dimension ESG du transfert de pouvoir

Le cadre ESG (Environnement, Social, Gouvernance) est de plus en plus utilisé pour évaluer la durabilité des projets de développement. Le volet « Social » (S) se concentre sur l'inclusion et la participation communautaire, tandis que la « Gouvernance » (G) met l'accent sur les mécanismes de redevabilité et la transparence décisionnelle. Dans le contexte de la transformation agricole, donner un réel pouvoir aux jeunes implique :

  • Impact budgétaire : Les jeunes doivent avoir leur mot à dire dans l'allocation des budgets agricoles nationaux, afin de garantir que les fonds soient dirigés vers la formation professionnelle, l'accès à la terre et les services de crédit.
  • Conception des projets : De la ferme au marché, les jeunes doivent participer à la conception initiale des projets et non à leur évaluation a posteriori, afin que les solutions répondent aux besoins réels.
  • Mécanismes de redevabilité : Mettre en place des systèmes clairs de suivi et d'évaluation, permettant aux jeunes de superviser les engagements des gouvernements et des bailleurs de fonds.

Actuellement, les politiques agricoles de nombreux pays africains sont encore dominées par des élites âgées, déconnectées des défis quotidiens des jeunes agriculteurs. Les données montrent que le vieillissement de la population agricole en Afrique s'accélère ; si cette tendance n'est pas inversée, le continent fera face à une grave rupture de main-d'œuvre dans la décennie à venir.

La transformation agricole africaine dans une perspective mondiale

D'un point de vue mondial, la transformation agricole de l'Afrique ne concerne pas seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la résilience climatique, le commerce régional et les pressions migratoires. Des institutions comme le Fonds international de développement agricole (FIDA) et la Banque africaine de développement commencent à inclure l'autonomisation des jeunes comme condition d'investissement. Par exemple, le « Projet Jeunes Agriculteurs » au Kenya alloue 30 % des prêts agricoles aux entrepreneurs âgés de 18 à 35 ans, accompagnés de formations techniques. Des cas similaires montrent que lorsque les jeunes ont un réel contrôle sur les ressources, la productivité agricole peut augmenter de 20 à 40 %.

Cependant, des cas isolés ne suffisent pas à provoquer un changement systémique. La Déclaration de Kampala exige que les gouvernements nationaux intègrent les jeunes dans des instances clés telles que les comités agricoles, les jurys d'investissement et les commissions d'attribution des terres. Parallèlement, les partenaires internationaux de développement doivent ajuster leurs modèles de financement, en évaluant non seulement les résultats mais aussi l'inclusivité des structures de gouvernance.

Carrefour des objectifs de développement durable

La Déclaration de Kampala est étroitement liée à plusieurs indicateurs des objectifs de développement durable (ODD), notamment l'ODD 1 (Pas de pauvreté), l'ODD 2 (Faim zéro), l'ODD 5 (Égalité entre les sexes) et l'ODD 8 (Travail décent et croissance économique).Déclaration de Kampala et liens avec les Objectifs de développement durable (ODD), notamment l'ODD 1 (Pas de pauvreté), l'ODD 2 (Faim zéro), l'ODD 5 (Égalité des sexes) et l'ODD 8 (Travail décent). L'autonomisation des jeunes est un catalyseur pour atteindre ces objectifs. Par exemple, en Afrique subsaharienne, le taux de participation des jeunes femmes dans l'agriculture dépasse 60 %, mais elles possèdent moins de 10 % des terres. Changer cette situation nécessite des réformes juridiques et des mécanismes sensibles au genre au niveau communautaire.

De plus, le changement climatique aggrave les risques agricoles. Les jeunes sont plus enclins à adopter des techniques agricoles intelligentes face au climat, comme les cultures pluviales et l'irrigation économes en eau, car ils sont plus sensibles à la survie à long terme. Si on les exclut des décisions, les mesures d'adaptation au climat risquent d'être mal conçues ou mal mises en œuvre.

Cadre de coopération et réformes de gouvernance

L'Union africaine doit mettre en place des organes de supervision de la participation des jeunes, transversaux, aux niveaux régional et national. Les recommandations incluent :

1. Créer un envoyé spécial pour les affaires de la jeunesse dans l'agriculture, relevant directement de la Commission agricole de l'Union africaine. 2. Exiger que les rapports agricoles annuels des pays incluent séparément des « indicateurs de participation des jeunes », comprenant la proportion de sièges décisionnels, la part budgétaire allouée et le taux d'accès au crédit. 3. Promouvoir des plateformes multipartites où les organisations de jeunes, les institutions académiques, le secteur privé et les donateurs internationaux élaborent ensemble des feuilles de route d'action.

Le succès de la Déclaration de Kampala ne doit pas être mesuré uniquement par la croissance de la production, mais aussi par l'amélioration de la qualité de la gouvernance. La véritable transformation se produit dans les structures de pouvoir, non dans les documents de rapport.

Conclusion : Long terme et équité intergénérationnelle

L'avenir agricole de l'Afrique dépend de la capacité à faire passer les jeunes du statut de « bénéficiaires » à celui de « propriétaires » des politiques. Il ne s'agit pas seulement d'une question d'efficacité du développement, mais aussi d'équité intergénérationnelle et de légitimité de la gouvernance. La communauté internationale devrait soutenir les pays africains dans ce transfert de pouvoir, car ce n'est que lorsque les jeunes détiendront les ressources clés et le pouvoir de décision que les systèmes agroalimentaires pourront devenir véritablement durables, inclusifs et résilients.

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Liens sources

  1. https://www.devex.com/news/africa-s-new-agriculture-plan-will-work-if-young-people-have-real-power-112904Principal

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